L’impératif du vivant

vivantJe ne résiste pas à l’envie de reprendre ici le titre du livre de Thierry Gaudin. Il constitue à la fois le lien entre mes études initiales de biologiste, et les valeurs humanistes auxquelles j’aspire actuellement. Gaudin s’engage sur des réflexions éthologiques et philosophiques pour nous montrer que contrairement aux adages qui placent la lutte pour la survie et la compétition comme moteurs de l’évolution humaine, depuis l’origine des êtres vivants, l’histoire révèle un cheminement vers la coopération.

Ainsi il pressent : «  que notre XXIe siècle verra éclore la plus grande joie, celle de comprendre, de ressentir et de vivre de l’intérieur les croyances des autres peuples. Cette joie est celle de l’élargissement de conscience » et explique à sa manière que nous sommes en train de vivre un grand tournant dans l’humanité : « L’évolution des grilles de lecture est inévitable. En sciences, on l’appelle changement de paradigme. Mais la déstabilisation des grilles de lecture commence par une gêne, un malaise, une période dépressive où les insuffisances des concepts et symboles anciens sont perçues par quelques-uns, et réfutés par la majorité. Si quelqu’un apporte une clé, il est d’abord marginalisé, puis, lorsque la majorité s’est habituée à la nouvelle lecture, glorifié. »

Ce qu’il écrit n’est peut-être pas nouveau, si l’on se remémore que les premiers mathématiciens ayant « inventé » le chiffre « 0 » ont d’abord été qualifiés d’hérétiques par les autorités religieuses, et que Galilée a été calomnié pour avoir osé prodigué la rotondité de la  terre. Mais cela peut remettre un peu de baume au cœur à tous ceux qui, de plus en plus nombreux, aspirent aux changements humanistes, à remettre l’humain au cœur des systèmes.

Mettre en avant l’homme avant l’économie n’est pas un signe d’apitoiement, de sensiblerie accrûe, comme certains aimeraient à le laisser croire (si si, je vous l’assure que je l’ai entendu, et plus d’une fois). Pour ma part, je suis en train de recréer des liens, dans mes recherches scientifiques, entre la spiritualité et l’action humaine, via le bonheur, en repartant de la source ; c’est-à-dire sur ce qui constitue la base même de notre humanité, de ce qui compose notre « vivant ». Les émotions, en outre, en sont des acteurs de premiers plans. Dans le même sens, Michel Aubé, chercheur à l’université de Sherbrooke, a créé un modèle indiquant qu’un des véritables rôles des émotions est d’être un opérateur d’engagement. Autrement dit de constituer la base de ce qui fonde nos relations, et induire nos coopérations, ou au contraire notre esprit de compétition. Quand on pense qu’il y a moins d’un siècle, il fallait au contraire taire et maîtriser nos émotions à tout prix, sous peine d’être incorrect, ceci n’explique-t-il pas cela ?

PS  : J’avais écris cet article dans l’écrit de joie n°8, mais il me semble qu’il faut tous les jours remettre le vivant au cœur de nos journées, pour ceux qui ne le feraient pas encore. Comme le disait le sociologue Hartmut Rosa, notre monde est désenchanté, « mais on voudrait nous faire croire, en mettant des musiques dans les centres commerciaux, qu’il chante encore ». Frédéric Renoir, un autre sociologue qui a aussi écrit sur le bonheur, parle de guérison et réenchantement du monde.